1. Ignares 06:39
Sens-moi, explore chaque pore,
Inspire où mon cou évapore
Un philtre, une brume d'épices
Du plus profond de mes abysses.
Ma peau tantôt bleue, blanche ou verte
Matrice vierge et jouvencelle
S’offre à tes yeux avides, telle
Au microbe la plaie ouverte.
Nous, ignares et ingénues
Aux aurores de notre étoile
Et prêtes à se mettre à nu
Au milieu du bal astral
Nous offrions à la mitraille
Des comètes, des météores,
Et de la vie et de la mort,
De la naissance aux funérailles.
Je me suis vue grande gagnante
Quand mes soeurs devinrent stériles
J’étais la seule prétendante
De toutes les Terres nubiles.
Toujours crédule, déjà saoule,
Mes geysers d’où la vie s’écoule
Crépitaient de mille désirs,
Déterminés à te vomir.
Je t’ai rêvée, ma créature,
Puis je t’ai vue te redresser,
Gorgée de sang et de luxure.
À toi, je veux m’abandonner.
Prends tout de moi : ma chair, mes fibres
Mes fluides troubles comme clairs,
Étrangle-moi, souille mon air
Pour que je perde l’équilibre!
2. Saigner 06:32
Tu sais, la lueur aveuglante de l'envie,
La bouchée qui, assurément, te brûlera,
L'adieu à ton enfance, ce jour de folie...
Pieds nus sur la braise, maintenant, ici-bas.
Une expérience ne se regrette pas,
Pour chaque stigmate une recrue d'anticorps
Candeur abandonnée, la confiance en renfort,
Nul n'oubliera le sang qu'il verse par le bas.
Cette promesse que tu t'étais faite à toi-même
N'avait de la valeur que dans sa transgression.
N'ayant que du fantasme pour comparaison,
Se satisfait d'un rien, prend le premier qui l'aime.
L'homme au bord de l'orgasme ou au bord du trépas
Est confit dans l'orgueil, balbutie dans l'effort
Candeur abandonnée, la confiance en renfort,
Nul n'oubliera le sang qu'il verse par le bas.
De l'espace le tissu, du temps le métronome,
S'ouvrent à tes sens quand se retire le glaive.
Ton corps, comme la Terre, ahuris se relèvent
Après s'être offerts pour le seul plaisir des hommes.
Comme notre Mère souillée d'une huile noire
Sursaute de colère, arrache-leur l'espoir !
Au milieu de ces lâches que la boue inonde
Tu porteras tes rêves sur le toît du monde.
Au plus profond de toi, où tu saignes, tu sais
Que la chair se profane où la peau se déchire,
Qu’il n’est aucune clé mais de vilains crochets
Et de traîtres béliers pour forcer ton empire.
Mais tu as appelé de tes voeux les plus chers
L’ennemi, a relevé ta herse et tes jambes.
Pour l’action, pour l’aventure, pour être fière…
Juste un peu de sang pour écrire ta légende.
3. Garnies 05:17
Trépan pénétrant sans peine la plaine
Plante, potent, vas-y plante ! Elle est pleine !
Suce la sève et le sang et le vends
Contre argent que tu jettes dans le vent !
Ça fore, ça fore… ça se croit fort.
Ça va et ça vient, frotte sans effort.
Prurit sur deux pattes, primate avide,
Mâle en émoi aux loisirs matricides.
Oh ! Bien garnies sont ces poches de vie,
Les ogres trempent les doigts et le vit.
Trique lubrique lubrifiée, fracture
La roche et qu’elle jouisse d’hydrocarbures !
Oh ! Bien garnies sont ces poches de vie,
Les hommes trempent les doigts et le vit.
Vois comme ce puits devient fontaine ;
Visse encore ton vice bien au fond.
Jaillis, joyau noir, par toutes tes veines !
Fais mouiller le désert sous le piston.
Et toi, pieuvre de rouille, qui reluque
Chaque hectare pour trouver un filon,
Étends sans honte jusqu’à l’horizon.
Tes tentaculaires oléoducs.
4. Regains 05:16
Un printemps, qui dégorge encore
Le déluge hivernal, renaît.
Voici l’écharde enfin extraite
De la brèche où tu l’accueillis
Qui bave comme après la traite,
Goutte de lait au bout du pis.
Elle est fixée à cette branche
Laquelle, sous la neige blanche,
Ploie non sans honte mais sans sève
Au champ où les conquérants crèvent.
Pars de là et sans te débattre
Par-delà les marais saumâtres
Comme la mante religieuse
Qui réserve à tous ses amants
Une destinée malheureuse
À l’issue de l’accouplement,
Toi, Terre-Mère ou jeune femme
Pour chaque puits, pour chaque hymen
Percé par un être sans âme
T’en repaitras à bouchées pleines.
Un printemps, qui dégorge encore
Le déluge hivernal, renaît.
Dans ta colère, d’un ouragan
Balaye temples et palais !
Assèche l’air, brûle ses champs,
Qu’il ne s’en relève jamais !
Car l’Homme a péché par orgueil
Sous une pluie de naphte et d’or,
Il a dansé sur son cercueil
Ivre de vie mais déjà mort.
5. Graines: L'imprégnation 08:06
La vallée échancrée par un ruisseau de nacre,
Dont le méandre rose exulte en un sursaut,
Voit sa faune et sa flore expier ses capitaux
Péchés par la noyade aux allures d’un sacre.
C’est la Terre qui râle et ses sommets jumeaux,
Presque nus de toute herbe et comme sous la brise,
S’horripilent ainsi les seins de la promise
Qui, pour la première fois, se fait goûter la peau.
Ajuste son bassin pour ne pas que s’enlisent
Les fluides avant la croûte et le manteau.
L’écume enfin s’écoule en la faille et, soumise,
La sphère laisse faire, offrant tout son noyau.
La figure de proue qui rencontre les flots
Et dont le bois s’imprègne à tout jamais de sel,
N’a plus de goût que pour le chant du matelot,
La morsure du vent, la caresse du ciel.
Dans le bois ramifié, l’essence par le nœud
Se draine, chaque graine a tracé son chemin.
Par-delà les haut-fonds, les récifs coralliens,
Une seule atteindra l’Eldorado aqueux.
Le face-à-face dans une bulle d’espace,
Quiétude absolue où deux moitiés s’enlacent,
Là, un monde prend fin quand grésille un nouveau,
Vole en éclat le miroir à l’instant zéro.
6. Graines: Le temps suspendu 01:47
7. Graines: L'étincelle primale 09:47
C’est là du feu vivant l’étincelle primale
Qui code l’univers, les mystères du temps.
Passé et avenir se côtoient un instant :
C’est le destin brodant sa bannière en spirale.
Que deviennent alors les errances candides
Où s’exaltent en songe amours et passions ?
Où s’enfuit la légende après révélation
De la Loi qui régit la matière et le vide ?
Ce nuage, le champ quantique des possibles,
S’effondre et sera à jamais inaccessible.
Initie la fusion sans regrets, sans retour
En arrière possible et voit naître le jour.
C’est là du feu vivant l’étincelle primale
Qui code l’univers, les mystères du temps,
Éblouit les aveugles en cette cathédrale
Dont l’architecte a fui depuis bien trop longtemps.
Oh ! Les dés sont jetés au milieu de l’espace,
C’est le bal des damnés Prométhée et Atlas.
On en connaît la fin mais quand même on veut lire
Le bouquin de la vie, parfois même l’écrire.
On dépose une graine au milieu du grimoire,
On balaye l’Histoire du revers de la main,
On se prête à l’aimer, on se sent fier enfin
Et on contemple encor sa petite victoire.
On se prête à l’aimer, on se sent fier enfin
Et je contemple encor ma petite victoire.
Bien sûr que c’est perdu avant d’livrer bataille,
L’entropie a gagné, méthodique et sans faille…
Même si l’univers entier se refroidit
Je choisis d’allumer ma bougie dans la nuit.
Tu seras la lueur de la barque précaire
Que je peine à barrer sur cet océan noir,
Et, ta main dans la mienne, étendus tous les soirs,
Nous verrons les soleils s’éteindre dans l’ether
8. Graines: Pour un ailleurs 05:34
Comme j’ai donné, j’ai repris,
Scellé la boîte de Pandore,
Fait de la graine et de la spore
Un sursaut, une anomalie.
Rejoint la nuit et mes semblables
Pour le vertige et l’inertie
De milliards de périhélies
Vers une fin inexorable.
Et quand notre Maître viendra
À notre oreille susurrer :
– N’aie pas peur, laisse-toi aller…
Disparaitrons mes sœurs et moi.
Son souffle ardent contre mes lèvres,
J’irai me glisser sous ses draps
Et, me consumant dans la fièvre,
Songer une dernière fois :
Sans doute il existe un ailleurs,
Un monde tellement singulier,
Peut-être une graine meilleure…
Je sais qu’il existe un ailleurs
Où, dans la terre fécondée,
Une autre graine aura germé.
48:58